A quoi jouons-nous ?

Petite histoire du jeu d’histoire
Wargame [OU-AR-GAI-ME], subst. m. Activité ludique consistant à reproduire une bataille ou une campagne historique. Peut se jouer sur carte avec des pions ou sur table avec des figurines, se pratique à deux personnes ou plus. Seule activité où les hommes simulent.
Litt. jeu de Guerre. / - Ô, rois et chefs grecs, le Kronide Zeus m’a accablé d’un lourd malheur dans ma partie de wargame contre Patrocle /. Homère, / Illiade, chant IX. / Wargame, anyone ? / César, / La guerre des Gaules expliquée à mon fils adoptif, Livre V, chapitre XLI.
Passe-temps mêlant le modélisme, la recherche historique et le jeu de réflexion, le jeu d’histoire avec figurines est issu d’une double tradition venue d’outre-Rhin et d’outre-Manche.
Il se développe tout d’abord dans la Prusse du XIXème siècle sous le nom de Kriegspiel (lit. jeu de guerre) avec la parution en 1824 des Instructions pour la représentation des manoeuvres militaires sous la forme d’un jeu de guerre [1] du baron von Reisswitz. Outil de simulation militaire à l’usage des officiers de l’armée prussienne, le Kriegspiel rompt avec les variantes du jeu d’échec utilisées jusqu’alors en introduisant les caractéristiques de base du jeu d’histoire moderne : la représentation "réaliste" du terrain à une échelle donnée (1:8000 dans ce cas), la représentation non-stylisée des unités et des principes stricts pour régler les manoeuvres et les combats de ces unités.
Cet ancêtre des simulations d’Etat-Major est supplanté à partir de 1876 [2] par une forme plus souple, le Kriegspiel libre dans lequel les résultats des manoeuvres et combats ne sont plus déterminés par des règles rigides mais par l’avis éclairé d’un arbitre (en général un officier supérieur), préfigurant ainsi les jeux de rôles modernes. Sous ses deux formes, le Kriegspiel reste néanmoins un outil professionnel cantonné à la sphère militaire.
C’est en 1912 qu’apparaît en Angleterre une forme civile : le wargame, avec Petites Guerres [3] ouvrage de H.G. Wells, plus connu pour ses romans d’anticipation. Sous-titré Un jeu pour les garçons de douze à cent-cinquante ans et pour cette catégorie de filles plus intelligentes qui aiment les jeux et les livres de garçons, ce livre plein d’humour propose de mettre le jeu des princes à la portée de joueurs d’un rang social moins élevé et au service du pacifisme [4] en formalisant les batailles de petits soldats de plomb.
Longtemps marginal, ce passe-temps prend son essor en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis dans les années soixante et soixante-dix sous l’impulsion d’auteurs comme Tony Bath, Donald Featherstone et Jack Scruby. Ce développement n’est pas sans lien avec l’apparition des premières figurines de 20mm en plastique de la marque Airfix, bien moins onéreuses que les plats d’étain ou les figurines de 54mm utilisés jusqu’alors. La marque soutient fortement ce hobby et y accorde d’ailleurs une large place dans son magazine et ses hors-série annuels.
Pratiqué de manière confidentielle en France, le jeu d’histoire s’y développe à partir de la fin des années soixante-dix et du début des années quatre-vingt avec la création des premiers clubs (dont celui des IPO), l’organisation d’un premier championnat en 1978 (huit participants !) et l’ouverture à Paris d’une première boutique spécialisée, Jeux de Guerre Diffusion (rachetée en 1987 par Jeux Descartes).
Pour en savoir plus sur le jeu d’histoire, n’hésitez pas à vous rendre sur le site de la Fédération Française de Jeu d’Histoire.
[1] Anleitung zur Darstellung militairischer manover mit dem Apparat des Krieg Spiels
[2] Avec la parution de Beitrag zum Kriegsspiel par Julius von Verdy du Vernois, responsable du service de renseignement de l’Etat-Major prussien.
[3] Little Wars
[4] L’auteur conclut son livre par cette adresse destinée aux "monarques arrogants", aux "va-t-en-guerres", aux "patriotes excités", aux "aventuriers" et aux "adeptes de la Weltpolitik : « Mes jeux valent bien les leurs. Voici la Guerre, réduite à des proportions raisonnées et ne troublant plus l’humanité, tout comme nos aînés ont remplacé les sacrifices humains par l’action de manger de petites images et des bouchées symboliques. »

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