La campagne des Salomons

En 1985, j’ai acheté mon premier wargame grâce aux annonces de Casus Belli. Il était sorti quelques années auparavant chez Jeux Descartes, avait pour auteur le docteur Paul Bois et s’appelait... "Amirauté"
Pourquoi la campagne des Salomons ?
A mes yeux, c’est une des plus intéressantes de la guerre du Pacifique et je ne suis pas le seul à le penser. Dans Amirauté, déjà, Paul Bois proposait une campagne sur ce même théâtre d’opérations. J’ai fait ma première campagne de wargame dans les eaux de cet archipel et il est à jamais resté cher à mon coeur. Ben oui, que voulez-vous : je suis un grand sentimental. Quelques faits, pour commencer. En mai 1942, les Japonais sont maîtres de l’archipel des Salomons. leur objectif est simple et terriblement dangereux pour les Alliés : isoler la Papouasie et surtout couper les Australiens des Américains. L’amiral King, en charge des opérations navales américaines, déclare lors d’un conseil qu’à ses yeux "les Salomons sont le péage sur la route qui mène à Tokyo. Si l’on ne s’en empare pas, les Japonais emprunteront cette route dans l’autre sens."
Il ordonne donc que la petite île d’Espiritu Santo, dans l’archipel des Nouvelles Hébrides (actuels Vanuhatu), soit pourvue d’un aérodrome et demande à l’amiral Robert Ghormley de monter une opération amphibie. Les Américains prennent leur temps, mais en juin 1942, les "coastwatchers", ces civils vivant dans l’archipel et qui renseignent les Australiens et les Britanniques sur les mouvements de troupes, annoncent une nouvelle qui fait froid dans le dos des Alliés. Les Japonais sont en train de construire un aérodrome à Luga Point, sur l’île de Guadalcanal. Un tel aérodrome pourrait leur permettre de menacer les Fidjis, les Nouvelles Hébrides, la Nouvelle-Calédonie et les Samoas. Si les Japonais venaient à occuper ensuite ces archipels, l’Australie se trouverait totalement isolée. Une opération, Watchtower (Tour de guet), est rapidement mise sur pied pour débarquer à Guadalcanal et empêcher les Japonais de terminer leur aérodrome. L’opération est montée à la va-vite et va gagner bientôt le surnom de "Shoestring" (Litt : "lacet de chaussure", mais en américain "Débrouille") Les Marines de Vandegrift débarquent le 7 août, mais lorsque la marine US apprend qu’une escadre japonaise descend sur Guadalcanal, les forces de couverture se replient. Les Marines ne l’ont toujours pas pardonné à la Navy...
Durant près de 6 mois, Américains et Japonais vont se battre pour Guadalcanal. Sur terre, bien sûr mais aussi sur mer. Tous les jours, la "Cactus Air Force" américaine, basée sur l’aérodrome de Guadalcanal pris et terminé par les Américains, règne en maître dans les airs. La nuit, c’est le "Tokyo Express" qui descend de Rabaul pour attaquer les navires américains et débarquer des troupes sur le nord de l’île. La bataille est si rude en ce point que la zone entre Luga Point et la petite île désolé de Savo est baptisée "Iron Bottom Sound", le "détroit au fond de ferraille", en raison du grand nombre de navires qui y sont coulés.
Rejouer la campagne des Salomons avec GQIII
Dans son introduction à ce livret de 48 pages sans compter les aides de jeu, l’auteur, Nat Forney, joue franc jeu : "Les campagnes sont le Saint Graal de bien des wargamers et nombre de club tentent d’en mettre sur pied. Souvent commencées, elles sont rarement terminées en raison du temps et de l’énergie qu’elles impliquent." Quelle est donc la proposition de Nathan Fornay ? Pas de cartes. Pas de gestion de carburant. Rien de tout cela. The Solomons Campaign nous dit l’auteur, "utilise un système d’arborescence reflétant les différents problèmes auxquels les responsables des théâtres d’opération ont dû faire face dans le Pacifique Sud. Ce système propose donc aux joueurs de porter toute leur attention sur les décisions opérationnelles que leurs véritables homologues eurent à prendre. Il est facile de simuler une campagne sans se lancer dans une laborieuse planification, assortie de recherches arides et de prise incessante de notes. TSC vous permet de vous retrouver rapidement sur les lieux de l’action pour faire ce que tous les wargamers veulent faire : pousser du plomb."
Comment ça marche ?
Il y a bien sûr un ordre de bataille de départ, aménagé pour des questions d’équilibre. La campagne peut démarrer de trois façons différentes. Soit le 10 août 1942 en partant du principe que la bataille de Savo vient d’avoir lieu. Le Kako a été coulé (au retour par un sous-marin US), le Quincy, le Canberra, l’Astoria, le Vincennes et le Jarvis sont eux aussi au fond. Deuxième possibilité, la bataille de Savo n’a pas eu lieu. Pas de changement à l’ordre de bataille. Troisième possibilité : on commence par la bataille de Savo. La campagne se déroule en six tours. Fin août, septembre, octobre, Novembre, décembre, janvier. Chaque tour commence par un topo donné aux deux camps sur la situation opérationelle dans le secteur. Puis, on lance un dé sur la table des événements sur le théâtre d’opérations japonais. Des renforts arrivent, ou le mazout manque, ou un pétrolier est torpillé ou les Américains bombardent Rabaul, etc. Sauf exception, le joueur américain n’est pas averti de ce qui se passe. Le processus est ensuite inversé : l’Américain lance un dé sur sa propre table d’événements. On jette ensuite un dé pour déterminer un éventuel changement dans le climat (le climat a joué un rôle majeur durant cette campagne, gênant considérablement l’utilisation de l’aviation et des récents radars de tir pour les Américains.) Puis c’est au tour du Japonais d’effecteur ses décisions opérationnelles du mois, en général limitée à quatre parmi un choix varié. Prenons le mois d’octobre : 1 Sortie d’un groupe avec des Porte-avions
2 Sortie d’un second groupe, avec ou sans PA.
3 Sortie d’une escadre de Bombardement depuis Truk.
4 Si les Américains tiennent Henderson Field (l’aérodrome de Guadalcanal), sortie d’une escadre de bombardement de Rabaul. Si les Japonais tiennent l’aérodrome, sortie d’une patrouille depuis Rabaul.
5 Débarquement de troupes à Guadalcanal.
6 Sortie du Nisshin, chargé d’artillerie, à destination de Guadalcanal.
7 Effectuer une mission de ravitaillement de Guadalcanal depuis Rabaul
8 effectuer une seconde mission de ravitaillement du même type.
etc...
Il va sans dire que les "groupes" escadres", doivent comporter des minimas et maximas de navires. Si vous n’avez plus de porte-avions en état de prendre la mer, vous ne pouvez pas effectuer de sortie de porte-avions ! L’arborescence permet aussi de se souvenir d’un point crucial : la victoire ne reviendra pas forcément à celui qui aura coulé le plus de navires ennemis, mais à celui qui tient Guadalcanal en janvier 1943.
Une fois que le Japonais a pris ses décisions, c’est la phase de renseignement américain. Les joueurs américains vont pouvoir être informés (partiellement) d’une ou plusieurs décisions prises par les Japonais (sans connaître la composition exacte des flottes) ( rappel : ils ont cassé le code japonais) Au vu de ces renseignements, il prennent eux aussi leurs quatre décisions opérationnelles.
Puis le japonais a droit à sa phase de renseignement, qui va lui donner éventuellement quelques informations sur les agissements de l’Américain afin d’effectuer tactiquement de petits aménagements
Puis on passe au tableau à double entrée et l’on fait coïncider le code des missions japonaises du mois avec celui des missions américaines. Des batailles sont ainsi générées sur mer, mais peuvent aussi provoquer des fluctuations des combats sur terre, en fonction des renforts envoyés, des missions de ravitaillement interceptées ou non, etc.
Exemple : les Américains ont sorti un groupe avec des porte-avions. Les Japonais pas. La table nous dit : "Go to Engagement B", qui nous dit ceci : Porte-avions américains contre escadre de surface japonaise. Un groupe de porte-avions non engagé peut lancer jusqu’à 80% de ses bombardiers en piqués et de torpilleurs en une ou deux vagues. Il ne peut tenter qu’une seul attaque sur une seule cible. Si une escadre de bombardement ou une patrouille est de sortie, c’est elle qui est visée. Si non, c’est une mission de ravitaillement qui est prise pour cible. Lancer 1D12 : 1-9 : cible découverte. Modificateurs : Ciel dégagé, +2 au dé, Couvert, +4 au dé, Mission de ravitaillement +2 au dé. Si la force est attaquée et endommagée, elle doit annuler sa mission.
Pour vous en laisser Je vais m’arrêter là car je risque de faire trop long et de me perdre dans les détails : TSC est davantage un générateur de scénarios qu’une véritable campagne. Mais pour le wargamer avec figurines, un bon système de campagne est avant tout un générateur d’engagements. Soyons honnête : personne n’a envie de faire une campagne qui se solde par la manoeuvre d’Ulm. Stratégiquement, c’est génial, mais lorsque dans un club, vous vous lancez dans une campagne, c’est pour sortir les figurines ! pas pour faire pleurer Mack ! C’est précisément l’objectif de TSC. Objectif réussi à la première lecture. Maintenant, il va falloir convaincre les copains, avec cette antienne bien connue : "Hé, les copains, ça vous tente une petite campagne ?"
Renseignements pratiques
THE SALOMONS CAMPAIGN est édité par Old Dominion GameWorks. On peut la commander chez Navwar en Angleterre, mais le site ODGW offre de la télécharger en pdf. Il vous en coûtera, au prix du dollar actuel, autour de 14 euros... Il faut ensuite attendre 24 h00 maximum pour avoir accès à la partie du site réservée aux pdfs achetés.
Un détail navrant : Non seulement le site d’ODGW est mal fait, mais leurs copies pdf ne sont pas marquées. Pas très malin, car c’est le meilleur moyen pour que ce genre de documents circulent et se retrouvent sur e-mule dans les dix minutes qui suivent le téléchargement. Je m’en voudrais de vous faire la morale et les gros yeux, mais 14 Euros, pour des heures de plaisir, qu’est-ce que c’est ? Quand je pense aux restaurants que j’ai payé à des pimbêches alors que je suis ensuite rentré chez moi, comme le chantait le grand Jacques, "le coeur en déroute et la bite sous le bras", c’est rien ! :-)
C’était la minute "Joachim Pax n’oublie pas qu’il doit aux auteurs de règles de wargames de mémorables soirées avec les potes et rien que pour ça, il est toujours content de leur filer du blé durement gagné."
Note importante. J’ai lu TSC. je n’y ai pas encore joué. Dès que ce sera fait, je ne manquerai pas de vous en dire plus et qui sait, de vous conter cette campagne !

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